vendredi 6 septembre 2013

Réflexions d’un candidat solitaire (*)




Malagasy

Notre projet de société FAnambinana MAdagasikara - FAMà  (1) est notre document cadre pour élaborer tout programme à visée politique. Celui-ci sera nécessairement contextuel afin de convenir aux besoins et répondre aux souhaits indiqués par le factuel tel que chaque groupe de population-cible le manifestera.

Autant dire d’emblée qu’après mûre réflexion, au terme d’une observation attentive menée d’un bout à l’autre du pays, nous avons décidé de ne pas nous imposer un programme théoriquement figé. Aussi, nos sympathisants ont-ils toujours su qu’aucune feuille de route unilatéralement écrite d’avance ne formatera rigidement l’exercice de notre mandat. Comme cette discrétion sur le programme, à distinguer absolument du projet de société, semble indisposer les habitudes intello-technocratiques des uns et des autres, nous nous sommes résolus à présenter ce document synthétique à titre de manifeste. D'une part, afin de nous expliquer. D'autre part, pour faire appel à l’intelligence de cœur des prospects encore hésitants.

Dieu seul sait combien ces derniers sont légion puisque les éventuelles élections du 25 octobre prochain tiennent du forcing. Cas de force majeure décidément déraisonnable : un deuxième tour avant Noël en pleine saison des pluies. Inutile de parler des aléas de la collecte des résultats qui s’ensuivront ! Mais, bon. Ce que loges maçonniques diablement prépondérantes veulent, françafrique veut. Et à l’inconsistante communauté internationale de valider pour se peinturlurer la conscience et surtout se redorer la galerie. Bizness is bizness, isn’t it ? Et bonjour, la soubique à foza mpandoza. Ces élections ne serviront, disent les mauvaises langues en mal de sensationnel, que de mascarade pour adouber le favori de renikelimalala (2). Sans Inutile Commentaire !

Quitte à devenir kamikaze, le rônin – samouraï sans terre ni maître – n’en a cure. En malabary et kiranyl, il se tient prêt avec son bokken (3) quelle que soit la puissance de feu et de fric des armadas d’en face. Peu lui importe l’issue de l’affrontement. Comme de toute sa vie, il n’a jamais frayé avec les malgaches – mal gâchis, il est temps de s'expliquer. Virilement, au besoin.


Sa vision à lui est claire. Il se tiendra debout au nom du MALAGASY.

Candide

Jusqu’à ce jour, il nous semble vain d’imposer préalablement à notre électorat un programme précis sans lecture claire de la situation, celle dont nous hériterons en accédant au pouvoir. Dans quel état se trouveront le pays, la population et surtout la gouvernance à ce moment-là ? Un état des lieux sans état d’âme ainsi qu’un audit scrupuleux s’avèreront nécessaires pour y répondre avec un maximum d’exactitude.

Il est vrai que des statistiques courent déjà par-ci et par-là pour alerter, voire même alarmer, sur le pourrissement de la situation. Toutefois, quoiqu’on veuille, ces données font suite à des initiatives toutes personnelles. Donc, forcément subjectives avec peut-être des préjugés ou des arrière-pensées d‘ordre politique. Aussi, préférerons-nous établir notre propre constat et l’affûter en fonction de la situation sur terrain. Nous mettrons en branle notre propre feuille de route pour diligenter nos actions à ce moment-là.

Un programme politique et son pendant économique sont éminemment stratégiques. Vu comment la grosse majorité des candidats opèrent, pratiquement avec zéro scrupule, nous choisissons délibérément d’avancer de biais vers le champ de bataille. Par ailleurs, vu la configuration actuelle de l’électorat malagasy, qui s’intéressera vraiment au décorticage des rubriques savantes et autres annexes alambiquées des programmes ? Mis à part les prétendus spécialistes et autres experts déjà au service de la concurrence pour la plupart ?

En tout cas, notre priorité repose sur le culturel. Et par extension, sur les trois aspects de l’éducation : formel, non-formel et informel. Il nous faut changer de mentalité, entend-on dire partout depuis des décennies. Educateur de métier, nous saurons prendre cette problématique à bras-le-corps. D’ailleurs, nous nous en sommes toujours occupés quoique avec des succès mitigés puisque l’appui d’une politique d’Etat nous aura manqué. Ce qui, entre autres raisons, justifie notre engagement pour les présidentielles. Ayant souffert de l'amertume des tâtonnements avant de parvenir à nous armer sur le tard d’un sens plus aigu de l’anticipation, nous souhaitons désormais amplifier nos avancées à plus grande échelle, celle de la nation.

Candide ? Bien volontiers. Activiste déclaré de la défiance politique autant qu’agitateur patenté de conscience, notre attitude s’ajuste sur la conclusion du héros voltairien : « Il faut cultiver son jardin ».

Personnalité, d’abord

A Madagasikara, les travées des assemblées politiques sont carrément squattées à demeure par des brigands, des tricheurs, des voleurs et des criminels. Parfois jusqu’aux parvis des temples et des églises. C’est tellement flagrant et si habituel que plus personne ne s’en étonne. Comble de l’insulte, des personnalités notoirement malpropres se maquillent en jouvenceau ou en jouvencelle pour duper un électorat déjà réputé crédule. Road-shows à coup de démagogie simpliste et d'alléchant programme où il ne manquerait plus que l’affichage d’un code-barres pour faire aussi crédible que la pub la plus mensongère.

Après nos déboires de ces derniers régimes, il est peut-être de bon ton d’insister sur la qualité d’un programme plutôt que sur le potentiel d’une personnalité, mais ce sera difficilement d’actualité en cette période trouble. Trop de paramètres, voire trop d'inconnues, s‘enchevêtrent encore dans la plus triste des confusions. Qui sait ? Ce sera peut-être le cas lors du quinquennat qui suivra celui à venir. A condition que le prochain président élu fasse ce que les faits attendent de lui.

Il lui faut absolument rétablir la confiance au sein de la société. A lui de faire preuve d’abnégation. Qu’il sache symboliser l’éthique fondée sur la vertu. A lui de faire preuve de fermeté autour de lui pour que la meilleure des tables de valeurs se vive concrètement. A lui de faire preuve de tolérance et d’ouverture d’esprit pour impulser la dynamique de réussite que ses compatriotes attendent depuis des lustres.

Au nom de la justesse

 Sa priorité sera la mise en place de la Haute Cour de Justice. En plus de la volonté politique, une telle décision impose que les élections communales, régionales, provinciales et législatives s’organisent dans les meilleurs délais. En effet, la composition de cette Haute Cour de Justice exige l’intégration de certains élus.

Comme la dynamique de réussite évoquée plus haut a intérêt à partir de la base sociétale, nous prêterons notre meilleure attention à la vitalité des relations interpersonnelles et inter-communautaires. Autrement dit, aux réalités du fokonolona. Aussi, le maillage de la décentralisation renforcé par une effectivité du pouvoir décisionnel au niveau local représente à nos yeux la clé du succès. Il faudra améliorer l’existant dans ce domaine. Là se résolvent d’abord les problèmes et nulle part ailleurs. Qu’on parle de sécurité, de production, de santé, d’éducation, d’énergies, d’infrastructures, etc. Comment ? Entre autres dispositions, à l’aide des coopératives et grâce aux mutuelles.

Sur un autre plan, il s’avère aussi impératif de rendre à la société civile ses lettres de noblesse. Le politique doit d’abord être restitué au citoyen. Notre pays manque cruellement d’authentique citoyen qui sert de modèle aux autres grâce à son bénévolat au service du bien commun, pour le bénéfice de l’intérêt général. A charge par la suite pour ce citoyen-modèle de s’engager, par besoin d’efficacité plus accrue mais à condition qu'il le souhaite, dans la pratique politique relative à la conquête et  l’exercice de l’autorité publique.

Pourquoi notre pays stagne-t-il au point de régresser ? L’une des raisons majeures est que l’équilibre pouvoir / contre-pouvoir y demeure précaire quand il n’est pas carrément insignifiant. Ou pire encore, inexistant. Un Etat ne peut se targuer d’être fort que quand l’opposition dispose d’une capacité suffisante pour contrôler les agissements de ses administrateurs. Un forum permanent de l’opposition est donc fortement souhaitable pour asseoir, sur le plan politique, la cohésion de la nation.

Bon cap gagnant

Vu la situation géopolitique actuelle, il apparaît évident que le monde se trouve à la croisée des chemins. A preuve, les tiraillements sur la Syrie. Les grands blocs historiques face à la montée en puissance du BRICS. Dans notre contexte indianocéanique, la françafrique d’un côté et la chinafrique, de l’autre. Sans mésestimer la parenté d’alliance entre l’Afrique du Sud et les Etats-Unis. Ne pas oublier l’île Maurice avec ses manoeuvres COI-iennes. Ajoutons-y la ramification tentaculaire de l’islamisme dans cette zone-ci de l’Océan Indien.

Au vu de ce tableau sommaire, pourquoi un candidat aux présidentielles jaloux de son indépendance d’esprit et soucieux de sa liberté d’action  se découvrira-t-il prématurément en dévoilant dès maintenant un quelconque axe stratégique de politique internationale ? Le bon sens dictera à la diplomatie de s’aménager les alliances les plus fructueuses pour Madagasikara tout en ménageant la susceptibilité belliqueuse des uns et des autres. Naviguer en slalomant s’il le faut mais avec un bon cap gagnant pour Madagasikara. Ce sera le mot d’ordre.

Avant de conclure, disons nettement que la stabilité institutionnelle fondée sur la religion du droit est notre credo. C’est la condition sine qua non pour réussir à gérer comme des bénédictions les multiples ressources de notre pays. Même si nos richesses extractibles sont toutes également  importantes, ce métal si précieux qu’est l’or doit être considéré à part. Nous lui réserverons un traitement de faveur qui permettra à notre pays de décupler sa marge de progression vers le mieux-vivre. D’autant que jusqu’à présent, nous souffrons d’accès aux capitaux financiers à tous les niveaux : personnel, entrepreneurial et gouvernemental. Grand temps aussi d’arrêter d’exporter vaille que vaille de la matière brute et de songer à diversifier nos industries de transformation.

Terre sacrée

Notre environnement naturel, malgré les coupes sombres de ces dernières décennies, demeure encore en-deçà du seuil critique d’irréversibilité. Ce côté partiellement sain doit être rapidement mis à profit. Question de survie !

Primo, pour s’investir dans des protocoles de régénération de notre part de biosphère. Legs pour nos descendants – Tanintaranaka – oblige. Des directives dans ce sens sauront s’imposer d’elles-mêmes, particulièrement au sujet de l’exploitation de nos réserves en énergies fossiles. Patriote permaculteur, nous avons toujours milité pour le volet énergies renouvelables comme alternative de premier choix. Décideur politique, nous saurons nous investir dans ce domaine avec toute la profondeur de notre conviction.

Secundo, pour aider nos populations à mieux se nourrir en s’échangeant leurs produits grâce à la multiplication des réseaux commerciaux. L’autosuffisance alimentaire est autant affaire de distribution rationnellement équilibrée que de production respectueuse des logiques de mère-nature… Depuis le temps que nous rêvons de faire de ce beau pays, réputé pour être un sanctuaire de la nature, le fleuron mondial de la permaculture.

Nous, Malagasy, disposons d’un atout culturel que les pays soi-disant développés se mettent à redécouvrir tardivement. Pour nous, la terre n’est pas que nourricière. Elle est aussi sacrée. Et cela, aucune colonisation n’aura pu, ni quelconque mondialisation ne saura nous l’arracher du cœur.

Dans ce sens du sacré réside notre fierté. Celle d’être nous-mêmes. Malagasy du 21ème siècle.

Antsirabe, 06 septembre 2013.

RABEARISON Roland Dieu Donné Vahömbey













(*)     En souvenir d’un livre de poche, compagnon fidèle de mes vingt ans . « Rêveries d’un promeneur solitaire », Jean-Jacques Rousseau.


         (2) Appellation vernaculaire de la françafrique.

(3)   Sabre de bois japonais.

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